« VIVRE AVEC LE SIDA ET CROIRE EN DIEU ! »
Joseph Hallett

"Votre test sanguin est anormal." L'infirmière à l'autre bout de la ligne semblait hésitante. Chancelant sur le moment, je fis une pause. "Qu'est-ce que vous voulez dire?" demandais-je. "Vous êtes séro-positif" me répondit-elle.

Mes mains étaient si tremblantes que je raccrochai. C'était comme si la fin du monde était arrivée. Plus tard, je découvris qu'en plus d'être séro-positif, j'avais été très touché par le sida.

Lorsque j'étais au collège, j'avais déjà accepté Jésus-Christ comme mon Sauveur. Pas moins de sept années furent nécessaires pour me sortir du milieu homosexuel où j'évoluais. Et maintenant, seulement huit mois après ma reprise en main, je suis diagnostiqué séro-positif. Je me suis senti trahi par Dieu. J'ai abandonné tout ce qui m'était familier pour lui et il n'a pas su me préserver de cette terrible tragédie. Je me suis alors tourné vers mes amis, ma famille, les médecins et vers l'Église, mais personne n'avait de réponse d'espoir quant à mon futur.

Les premiers mois, j'étais désespéré et seul. Je ne voulais pas être divin ou parfait, je voulais juste être honnête. J'ai alors parlé à Dieu de ma douleur et de ma peine. Étonnamment, Dieu s'est alors manifesté de plus en plus à moi-même si le désespoir et la douleur luttaient pour me détruire.

Durant ce temps, un verset est devenu très important pour moi: (Jérémie 29, 11-13) «Car moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous ; et je vous l’affirme : ce ne sont PAS DES PROJETS DE MALHEUR, MAIS DES PROJETS DE BONHEUR. Je veux vous donner un avenir à espérer. Si vous venez alors m’appeler et me PRIER, je vous écouterai ; si vous vous TOURNEZ vers MOI , vous me retrouverez. Moi, le Seigneur, je vous le déclare : si vous me recherchez de TOUT VOTRE CŒUR, je me laisserai TROUVER par vous. JE CHANGERAI VOTRE SORT... »

Certains croyaient que je devais prendre la vie petit à petit. J'avais des amis qui dépensaient toute leur énergie à manger mieux et à prendre les bonnes pilules pour continuer de vivre aussi longtemps que possible. Le verset dans Jérémie m'a donné une toute autre vision de mon problème, car il m'encourageait non pas à essayer de m'accrocher à la vie comme si je pouvais me sauver, mais bien a vivre avec Dieu et de sauter dans la vie. Ses encouragements m'ont poussé à écrire, à acheter une maison, à entrer dans un ministère et finalement, en 1994, à me marier.

J'ai été hospitalisé plusieurs fois. Pour les autres, mes séjours à l’hôpital semblaient insupportables; mais en vérité, ils ont constitué les moments les plus faciles de ma vie avec cette maladie.

DOULEURS
Ce qui est le plus dur, ce sont les douleurs et les maux quotidiens qui me font souffrir en secret. Je vis avec une douleur chronique: ma peau fait mal, ma tête, mes os, mon estomac et mon dos aussi. J'ai fait du zona et des pneumonies qui ont duré des mois. Il y des jours, des semaines et des mois où je sentais que tout s'écroulait autour de moi.

Chaque fois où le rhume, les rougeurs, la diarrhée ou tout autre problème arrivaient, j'étais confronté à ma mort. Et chaque fois où j'étais malade, l'envie d’essayer de sauver ma peau trottait dans mon esprit. Je réalise encore aujourd'hui que pour vivre,  il faut abandonner sa vie.

Une fois, je fus incapable de faire ce que je voulais pendant une année. Je souffrais d'un épuisement des os; j'étais engourdi. Une bonne journée me permettait de faire la vaisselle en deux ou trois heures. D'autres fois, c'était encore plus difficile. Je sentais alors que mes prières rebondissaient à cause du plafond. On aurait dit que Dieu m'avait amené si loin avec Lui, dans le seul but de me laisser mourir.

Mais au lieu de renoncer, j'ai lu la Bible et combattu pour voir quel était le Dieu pour moi. J'ai tenu bon comme Jacob au ruisseau de Jacob ; il dit à Dieu: " « Je ne te laisserai pas partir si tu ne me bénis pas, Seigneur ! » (Genèse 32, 26) J'ai pris ces mots personnels. Dans les temps de solitude, j'ai cru en sa promesse. J'ai cru en Dieu, car il est digne de confiance.

Ce fut dur d'apprendre à dépendre de Dieu plutôt que de moi, mais ce fut profitable. Je n'avais pas réalisé à quel point je gardais le contrôle sur ma vie jusqu'au jour où ce contrôle me fut repris. Couché dans un lit d’hôpital, respirant à peine et à peine capable de bouger ou d'avaler, je fus confronté à mon ambition d'être le maître de ma vie.

Dépouillé de toutes mes forces, deux choix s'offraient à moi: l'amertume ou l'abandon. Ma première réaction fut de m'accrocher au peu de contrôle qui me restait, ce qui rendait les infirmières et ma famille heureuses. Par la suite, au fil des mois, je devins las de garder tout le monde autour de moi, pleins  d'espoir. Finalement, j'ai tout laissé tomber. J'ai prié: "Entre tes mains, je remets ma vie."

LA PAIX !
Je sentis alors une grande paix en moi. Toute ma vie, j'ai essayé de prouver que je valais beaucoup. Après avoir contracté le sida, j'ai réalisé que ma valeur ne vient pas de ce que je fais, mais bien du Christ.

Je crois que le monde gai ne pourra jamais subvenir à mes besoins. Quand le désir de retourner à mon ancien style de vie revient, je me tourne vers les alternatives que me propose Dieu. Je me suis donné comme mandat de trouver une église qui me donne vraiment le support et l'encouragement nécessaire pour devenir en communion intime avec Dieu. Je ne veux pas d'une église qui me ferait seulement me sentir bien. J'ai aussi joint des groupes de support qui m'aident avec mes penchants et je me suis entouré d'amis qui me montrent la vérité au lieu de pourvoir à mes péchés.

On m'avait dit que j'en avais pour deux ans seulement. Ça fait 11 ans de cela. Ces dernières 11 années ont été les plus belles années de ma vie! Je remercie qu'on m'est permis de me battre avec le sida, car cela m'a permis de me rapprocher de Dieu. Ça m'a rendu attentif à mon coeur et à ma vie; ça m'a fait connaître mon Dieu.

CADEAUX
Désormais, je réalise que tout, autour de moi, est un cadeau venu de Dieu le Père.

L'abandon à Dieu est devenu la clé de mon existence. Pas juste la clé pour passer à  travers ma maladie, mais aussi pour être heureux et plein d'espoir. Mon chemin ne se définit pas comme une démission stoïque, abîmé par les difficultés de la vie. Il n'est pas non plus une vision optimiste. J'ai choisi de faire face au monde avec espoir et foi, reconnaissant que le chagrin et la douleur sont réels, tout en me souvenant d'où viennent mes forces.

Dieu contrôle tout. Tout ce qu'il a mis sur ma route, bien ou mal, a un but. La vie est une aventure. J'attends toujours avec bonheur de voir ce qu'il va faire prochainement.

« La divine PUISSANCE du Seigneur nous a donné tout ce qui est nécessaire pour VIVRE dans l’attachement à Dieu, en nous faisant connaître celui qui nous a appelés à PARTICIPER à sa PROPRE GLOIRE et à sa Bonté. (2 Pierre 1 ;3) *

Traduction du texte : Jérôme Lacroix, Décision, sept 97