LE VRAI VISAGE DE JÉSUS
(reproduction permise)

Chapitre 1

"Jésus allait dans toute la Galilée; il enseignait dans les synagogues de la région, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissait les gens de toutes leurs maladies et de toutes leurs infirmités." (Matthieu 4, 23)

RENDU MALADE PAR L'AMOUR
Nous tenions une soirée d’évangélisation dans une grande ville et c’est avec surprise que je vis un jeune homme entrer presque à la course. Ne regardant personne, il se dirigeait tête basse vers notre salle de rencontre. Intrigué, je lui lançai cette question: "Hé, le jeune!... (Il se retourna vers moi)... Qu’est-ce que tu viens chercher?" Un peu surpris de la question, et me reconnaissant, il me répondit: "J’ai soif!... Je ne sais pas de quoi, mais j’ai soif!" Heureux de sa réponse, car Jésus déclare: "Que celui qui a soif vienne à moi...", je lui ai relancé: "Tu as soif de quoi?" Sa réponse fut instantanée: "J’ai soif d’amour." À la fin de la rencontre, au moment où nous invitons les gens à s’avancer pour un ministère de prière, je ne fus pas surpris de le voir du nombre. C’était facile de comprendre qu’il venait boire à la source d’eau vive, à l’amour de Dieu. Il fut touché par l’Esprit Saint.

Inutile de vous dire que ce jeune homme est touché pour la vie. Son existence ne sera plus facile pour lui, il aura cependant une brûlure au coeur. Sans cesse, il se sentira appelé, séduit par l’amour de Dieu.

MANQUE D'AMOUR
Tous, nous sommes malades d’amour. Tous nos maux, qu’ils soient affectifs, psychologiques, physiques, familiaux, sexuels prennent leurs racines dans un manque d’amour, un manque de communion à l’AMOUR.
Nous arrivons mal à nous définir, à saisir les vrais besoins qui nous habitent, à vivre réellement dans la paix et la sérénité, parce que nous doutons qu’existe l’AMOUR, nous doutons que Dieu est amour: un amour gratuit et constamment offert.
Tels ce jeune homme, fort de son audace et de sa détermination, nous pouvons tous entrer dans un processus de guérison en vivant une relation intime avec le Christ, une relation qui fait surgir un nouvel esprit en nous. Certes, personne, pas même le plus grand des saints, n’est totalement guéri ici sur cette terre.
Des blessures sont guéries rapidement, d’autres lentement, d’autres non. Cependant, c’est à même cette pauvreté, cette humilité, que l’amour germe, que nous entrons dans le regard de Dieu. Nous apprenons ainsi à nous laisser aimer et à aimer toujours MIEUX et plus profondément les autres, à toujours grandir dans la restauration de notre être intérieur.

ENFIN UN ESPOIR
Il m’arrive souvent de lire dans des lettres ou d’entendre dans nos soirées de prière: "Pierre, j’en peux pu... aide-moi à m’en sortir." Et cela, à propos de mille et un problèmes. On me décrit des laideurs incroyables, des mépris de soi et des autres à peine inimaginables, le désespoir et la mort.
Comment ne pas vibrer à cette mère de famille qui pleure sans cesse la perte de quatre de ses onze enfants à cause du SIDA. Tous avaient moins de vingt-cinq ans.
Tous ces cris du coeur réclament LE MIRACLE DE L’AMOUR. Et il est là! Alléluia! Pour tous, sans exception aucune.
Je n’écris pas cela à la légère, je m’engage sur MON DIEU qui est TOUT AMOUR et qui est le MAÎTRE DE L’IMPOSSIBLE. S’il est mon Dieu, il est aussi TON Dieu. S’il est mort en Croix pour moi, il l’est aussi pour toi. Il est notre seul véritable espoir.
Blottis dans le coeur du Père, la grâce et la puissance de sa tendresse nous restaurent en profondeur. Pas toujours comme nous le souhaiterions. Il est plus exact de dire: rarement comme nous le souhaitons! Mais son action est toujours concrète, profonde, amoureuse.

DES SIGNES SIMPLES
L’appel de Jésus, le « JE T’AIME » de Jésus, prend toutes les formes possibles. Pour notre jeune homme ce fut un témoignage entendu dans l’une de nos émissions qui déclencha sa soif et sa venue à notre soirée. Pour d’autres, c’est totalement différent.
J’ai connu des gens pour qui ce fut le COUP DE FOUDRE, immédiat, percutant, décisif. Tout leur être est bouleversé sur le coup: ils pleurent..., ils pleurent..., ils pleurent pendant des heures. Ils ne peuvent rien expliquer sinon que quelque chose d’extrêmement bon est venu les rejoindre, les habiter. C’est comme si une main bienveillante et chaude s’était posée sur leur coeur. Une présence tout amour. Un regard magnifique. Quelqu’un qui dit votre nom avec une infinie tendresse. Ces gens savent que leur vie ne sera plus jamais la même.
Je connais d’autres personnes pour qui le chemin est plus long. Ils tâtonnent, font leurs expériences, se promènent de la raison au coeur et vice-versa. Ils s’habituent tant bien que mal à leur vie sans relief, toujours moche. Un jour, ils s’ouvrent; le lendemain, ils se ferment. Et puis, un beau matin, au bout d’un long voyage de tristesse, la lumière se fait. Une présence se manifeste à leur coeur et ils y consentent.
Pour nous faire signe, tout est bon pour lui
Pour certains, c’est une Parole de la Bible; pour d’autres, un livre. La parole saute aux yeux, elle saute au coeur, elle brûle en nous et nous pousse à ouvrir notre coeur. On se dit: "Ceci est écrit pour moi aujourd’hui." Une petite phrase d’une prédication écoutée distraitement, et nous voilà vissés sur notre chaise, paralysés par l’évidence de l’amour qui nous est offert. D’un coup, nous sommes transpercés par son Esprit Saint.
Un enfant, sa voix, son regard, et nous reconnaissons le cri lancinant de Jésus qui nous implore: "Laisse-moi t’aimer."
L’accident qui, brutalement, nous arrache celle ou celui qui était notre raison de vivre... Un échec, une maladie qui nous font entrer en nous et constater notre vide, notre enfer... Et cette voix qui surgit: "Réalises-tu que tu as besoin de Dieu, de son amour, de sa puissance?"’
Et puis, il y a ce voisin, un chrétien vivant, rempli d’amour et de service à l’autre. Une amitié se noue et nous nous surprenons à dire: "Pourquoi pas moi?"
À croire que Jésus se déguise, comme pour ne pas s’imposer, pour toujours nous inviter à la fête de l’amour, au banquet de la joie en abondance.

CHAPITRE 2

En prière dans mon lieu préféré de silence, j'entendis en mon coeur cette question: "Pierre, es-tu CERTAIN de mon amour sans faille et y consens-tu?" Cette question, je le savais, venait de mon Père Céleste. Elle était franche et directe. Inutile de vous dire qu'elle me travailla pendant plusieurs jours, et qu’elle me travaille encore aujourd'hui. Que son amour soit sans faille, je le savais depuis fort longtemps,... MAIS en étais-je CERTAIN? Au point d'en vivre, d'en faire le centre de ma vie. Voilà où était mon "litige."

LA QUESTION LA PLUS IMPORTANTE
S'il est une question importante pour toute personne, dont joie ou tristesse dépendent  pour aujourd'hui et pour l'éternité, c'est bien celle-ci: EST-CE QUE JE ME LAISSE VRAIMENT AIMER PAR DIEU??? Je ne dis pas: est-ce que je suis participant à la vie de mon Église, suis-je pratiquant, est ce que je donne l'aumône?... Suis-je « bon » comme être humain? Non! Je dis juste: EST-CE QUE JE ME LAISSE AIMER ET CHÉRIR PAR MON DIEU TOUT AMOUR???
Nous ne pouvons pas jouir des bénédictions et du bonheur réel que Dieu donnent, ni aller au ciel, sans nous ouvrir à l'amour incommensurable de Dieu. Quand Jésus dit à Nicodème en Jean 3, 7: "Tu dois naître de nouveau", il nous indique par cette parole que l'unique moyen d'être sauvés c'est de vivre, de NAÎTRE, à cet amour qui est allé jusqu'à donner sa vie, son corps et son sang en Croix, pour toi et pour moi. Ouverture, gestes simples, sans complication, qui transforment tout en nous. Une simple ouverture à partir de nos pauvretés offertes.
"Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos." (Matthieu 11, 28)

RÉALISER NOTRE ÉTAT DE PÉCHEUR
Pour Paul, il n'y a pas de salut sans avoir d'abord reconnu notre état de pécheur. "Il n'y a pas d’homme juste, pas même un seul" (Romains 3, 10). "Car il n'y a pas de différence...: tous ont péché et sont privés de la présence glorieuse de Dieu." (Romains 3, 22-23)
Je suis absolument d'accord avec Paul. Mais pour moi, un « PÉCHEUR », c'est d'abord et avant TOUT une personne qui REFUSE de se laisser aimer gratuitement et inconditionnellement par Dieu. Tous les maux et malheurs peuvent alors l’atteindre, l’orienter déjà vers l’enfer sur cette terre. LE PÉCHÉ EST UNE CONSÉQUENCE DE CETTE NON-RÉCEPTION.
"Quand le péché est pleinement développé, il donne naissance à la mort." (Jacques 1, 15)
Je refuse de voir le « pécheur » sous l'angle UNIQUE d'une loi morale où l'acte devient plus important que la PERSONNE et la juge. Dieu hait jusqu'à « l'odeur du péché » (Jude 23), c'est vrai, mais il donne son Fils bien-aimé pour le PÉCHEUR, la personne, la beauté créée à son image et à sa ressemblance... Ceci est le monde de l'amour vrai, celui de mon Dieu, parfaitement connu en la personne même de Jésus Christ. (Hébreux 1, 3) Un monde où sa tendresse profonde nous est offerte gratuitement, à chaque seconde de notre vie.
"Car tout homme qui fera appel au nom (AMOUR) du Seigneur sera sauvé." (Romains 10, 13)
Nous reconnaître "pécheurs" est essentiel, cependant. Nous sommes appelés en cela à nous reconnaître comme EN MANQUE de communion à cet amour. Être pécheur, c'est vivre ailleurs que PAR et DANS cet amour divin.

Le péché, disait un vieux moine, c'est tout ce qui nous distrait de l'amour de Dieu. Et en cela, la liste des péchés est à l'infini, car l'homme invente de nouvelles distractions à chaque jour.

PAS D'AUTRE SOLUTION
Il n'y a pas d'autre solution pour atteindre le bonheur en plénitude, aujourd'hui et pour l'éternité, que de nous reconnaître pécheurs. C'est-à-dire loin de l'action amoureuse de Dieu, loin de nous-mêmes, loin de l'intimité, du silence, loin de la prière coeur à coeur, loin de la communauté en prière. Et quand nous sommes loin de son AMOUR, loin de nos pauvretés, c'est la mort. Parce que l'amour est VIE et que la coupure de cet amour reçu en nos pauvretés, c'est la MORT.
"Car le salaire que paie le péché (la coupure), c'est la mort." (Romains 6, 23)
Ceci signifie que la séparation d'avec le « Fleuve de Tendresse » nous conduit, inconsciemment la plupart du temps, à l'endurcissement du coeur, à la mort de toutes nos relations humaines, au jugement, puis dans un temps « X » à l'enfer pour l'éternité. Réalité peu mise en relief par les prédicateurs, mais non moins réelle.

Par bonheur, Dieu nous aime tellement qu'il a donné son Fils unique, Jésus Christ, pour porter le poids de nos péchés... et les conséquences.

-"Le Christ était sans péché, mais Dieu l'a chargé de notre péché, afin que nous puissions, dans l'UNION avec le Christ, bénéficier de l'oeuvre (son amour) par laquelle Dieu nous rend justes." (2 Corinthiens 5, 21)

LE PUBLICAIN DANS LE TEMPLE
J'aime la prière du publicain agenouillé à l’arrière du temple. Conscient de ses erreurs, il s'en va dans son Église pour s'en remettre, seul, à l'amour de Dieu. Malgré une tradition juive qui interdisait une telle façon de faire: il lui aurait plutôt fallu faire une offrande par les mains du prêtre, il OSE avec courage. Il sait sûrement que son geste risque la désapprobation des chefs religieux, mais son « préssentiment » sur la GRANDEUR DE L'AMOUR de Dieu l'emporte sur ses peurs. Et il est exaucé! (Voir Luc 18, 9-14)

"O Dieu, aie pitié de moi, qui suis un pécheur." (Luc 18, 13)

Reprendre la relation avec Dieu n'est pas compliqué. Comme cet homme, adressons notre prière en réalisant que Dieu veut à tout prix nous sauver, nous aimer, nous guérir. Disons simplement, tel le publicain, que nous avons vécu loin de lui, loin de l'AMOUR, loin de la VÉRITÉ, loin de ce qui nous habite et que nous implorons: son AMOUR miséri-cordieux... 


Prière pour établir ou renouveler la relation à Dieu:

Seigneur, Dieu Tout-Puissant, je me reconnais comme pécheur, coupé de ton amour.Seigneur, en cela j'ai condamné mon coeur et mon âme à vivre loin des beautés et des trésors que tu as déposés en moi depuis ma naissance. J'ai péché, j'en suis désolé, je regrette. Aie pitié de moi et sauve-moi. Aujourd'hui j'ouvre mon coeur à ton amour gratuit.


CHAPITRE 3

Depuis le début de la nouvelle vague de Renouveau de l'Esprit, en août 1994, j'ai observé que l'onction glorieuse de Dieu était toujours plus puissante dans nos soirées de prière lorsque j'étais accablé de divers problèmes. Plus humble, moins prétentieux (ce qui n'est pas le dernier de mes défauts), la grâce avait alors plus d'espace pour agir.

JÉSUS LE PLUS HUMBLE DES HUMBLES
Jules Beaulac me permit de grandir dans la foi par le récit de ce fait authentique:
"On raconte qu’un jour un saint homme trouva sur sa route un lépreux bien mal en point. Il faisait très froid. Le vent sifflait en rafales puissantes, cinglant comme une lame d’épée et brûlant comme un feu de glace. Le lépreux n’avait pour tout vêtement qu’un vieux drap qui le couvrait à peine. Il demanda au saint homme de le réchauffer un peu.
Le passant trouva quelques copeaux de bois et alluma un feu. Mais le lépreux grelottait toujours. Le saint prit alors son manteau et l’enroula autours du corps du malheureux. Mais le lépreux avait toujours froid.
Le voyageur prit ensuite les deux mains du lépreux et les emprisonna dans les siennes. Mais le lépreux avait toujours froid.
Il dit au saint: "J’ai froid et je suis gelé jusqu’aux os. J’ai du frimas sur la peau et du givre jusque dans le coeur. Il n’y a qu’une manière de me réchauffer. Je veux tes mains sur mes mains, tes pieds sur mes pieds, ta face sur ma face et ton corps sur mon corps. Alors seulement je serai au chaud."
Le saint regarda le lépreux. Il puait la maladie. Ses plaies étaient encore ouvertes. Il était sale et repoussant. Il n’inspirait que le dégoût. Mais tout son être criait sa douleur et son immense désir d’avoir un peu de chaleur.
Le saint ne vit à la fin en lui qu’une personne criblée de souffrance, qu’un pauvre humain gelé jusqu’à la moelle des os.
Lentement, il se dépouilla de ses vêtements. Puis il s’étendit sur le corps du lépreux: les mains dans ses mains, les pieds sur ses pieds, le coeur sur son coeur, la tête contre sa tête. Il le réchauffa bien plus par la chaleur de son COEUR que par celle de son corps. Il resta longtemps ainsi, étendu sur le lépreux. Petit à petit, il vit un éclair de vie et de joie briller dans ses yeux, jusqu’à devenir un grand feu d’espoir. Il sentit peu à peu la chaleur du lépreux envahir son propre corps. Et quand il se releva, ô merveille! il trouva devant lui un homme plein de VIE ET DE SANTÉ, débordant de joie et de force.
Il le serra longtemps dans ses bras. Et puis il s’aperçut que de réchauffant il était devenu réchauffé, que de réconfortant il était devenu réconforté. Et il rendit grâce à Dieu qui sait mettre sur notre route tant de gens dans le besoin et qui nous font TANT DE BIEN. Puis le saint reprit simplement sa route en louant le Seigneur qui place à la croisée de nos chemins des gens à aider, à servir et à aimer."

LE CHEMIN D'HUMILITÉ
L'humilité, qui n'a rien à voir avec la dépréciation de soi-même, est le seul chemin qui puisse nous conduire au seuil du monde de l'amour, de la VIE, de la PUISSANCE DIVINE DE GUÉRISON. "Dieu accorde sa GRÂCE aux humbles."
(1 Pierre 5, 5)
Être humble, c'est préférer un autre regard que le sien (ou celui des autres), une autre appréciation de soi-même que la sienne... Un autre jugement que celui que nous portons sur nous-mêmes: celui du CHRIST TOUT AMOUR posé sur nous. Et, sous ce regard, nous sommes des trésors inestimables que sa grâce de miséricorde et la puissance de son Esprit veulent mettre à jour dans toutes leurs beautés.
Notre guérison profonde, le retour à notre beauté d'origine, à la vie pleine et entière, n'est possible que dans l'union à Jésus Christ. Il ne manifestera pleinement ses effets guérissants qu'au moment où nous accepterons d'être vaincus totalement par la GRATUITÉ de son amour divin.
Dieu veut changer le REGARD que nous portons sur nos défaites, nos misères, nos pauvretés, nos hontes, allant jusqu'à s'en SERVIR pour proclamer que sa MISÉRICORDE ira toujours plus loin et plus profondément que la plus INAVOUABLE de nos fautes.

Notre guérison ne peut résulter que de l'exposition soutenue, sous son regard pénétrant et amoureux, de notre pauvreté la plus fondamentale: celle que seul l'Esprit Saint a le pouvoir de nous révéler dans la prière et le silence.

LA PRÉDICATION DU BON LARRON
En disant: "Nous recevons ce que nous avons mérité par nos actes,..." (Luc 23, 41) le bon larron avoue sa culpabilité devant la loi des hommes. S'adressant ensuite à l'INNONCENCE incarnée, à Jésus crucifié avec lui, il ne réclame rien. Il ose quand même demander un mouvement du coeur à cet homme dont il a senti l'ardente flamme tournée vers tous ceux qui cherchaient à le rabaisser au rang de ver de terre. Cette demande ne s'appuie sur aucun mérite, sur aucune prétention, sur aucun sacrifice librement décidé en vue de quelque chose (beau marchandage), mais se fonde uniquement sur la bonté qu'il a reconnue en cet homme crucifié à côté de lui. Homme dont il connaît le nom, mais qu’une motion intérieure instruit sur sa vraie nature. Aussi soudaine qu’étonnante, on ne saurait l’expliquer autrement qu’en disant qu’il s’agit d’une motion de l’Esprit Saint dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va. (Jean 3, 8)

Ses paroles auraient pu être: "Je sais que je ne mérite pas ce que je vais te demander, mais souviens-toi quand même de moi lorsque tu seras dans ton paradis..." Mais à quoi bon souligner sa propre indignité quand on se sait en PRÉSENCE de celui qui peut tout accomplir, y compris notre propre salut. Ce n’est d'ailleurs pas à Jésus, mais à son propre compagnon d'infortune, qu'il souligne leur indignité: il désire lui faire prendre conscience de leur échec commun. Du côté de Jésus, il s'ouvre uniquement à cet amour dont il sent « l'odeur »... dont il appréhende la générosité totale.

ACCEPTER NOTRE DÉFAITE
L'Enfant prodigue n'avait certainement pas multiplié les bonnes oeuvres, les séminaires de vie spirituelle (pas plus que le bon larron ou Marie-Madeleine), tandis qu'il traînait dans les bars à dépenser la fortune familiale.

Son père l'accueille POURTANT à bras ouverts. Il a accepté sa DÉFAITE et pris le risque de s'en remettre à la décision de quelqu'un d'autre que lui-même, de quelqu'un qu'il reconnaît comme étant meilleur que lui-même. "Son père le vit et en eut profondément pitié." (Luc 15, 20)

Le frère aîné a bien raison de protester. Nous aurions tous fait pareil. Dans l'ordre humain où tout se heurte à des limites, à de l'égoïsme, à du chacun pour soi, de pareilles excentricités d'amour nous paraîtront toujours inacceptables. Pensons seulement à toutes les querelles ayant comme sujet le partage de l'héritage laissé par un parent défunt.
ll fallait que l'apôtre Pierre, le chef, renie, vive la défaite, sa faiblesse, pour qu'il consente ENFIN à admettre son « IMPARDONNABLE » prétention.
Jésus ne lui fera pourtant AUCUNE remontrance, mais l'invitera à l'amour, à la communion d'amour avec son coeur. Ce lien d'intimité établi, il l'invitera à accepter une mission, "Pais mes agneaux, pais mes brebis." (Jean 21, 15)

Collé encore au souvenir de sa défaite, Pierre comprend alors que la condition SUPRÊME pour être médecin des âmes n'est pas un grand savoir, de nombreux talents et des vertus supérieures. NON! C'est fondamentalement, du début à la fin, UNE RELATION D'AMOUR avec Jésus. En acceptant sa défaite, sa fragilité, Pierre devient enfin « pierre », le Roc. Jésus peut compter sur lui, bâtir sur lui. (voir Matthieu 16, 18)

Chapitre 4

"On ne voit bien qu'avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux!" (Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry).

SON REGARD PERÇANT
Voilà quelques années, j'ai été conduit à la rencontre d'un être extrêmement brisé par la vie. Issu d'une famille très affectée par l'alcoolisme du père et de la mère, ses blessures étaient profondes et les conséquences sur sa psychologie l'avaient conduit à poser des actes criminels graves.

Dépourvu, j'étais en attente devant Dieu, certain de mon impuissance à lui apporter un réconfort, même minime. J'étais par contre assuré de l'amour miséricordieux que le Père avait pour lui. Je savais qu'il n'abandonnerait jamais un des ses enfants, particulièrement un être criminalisé. Son amour ne faisant pas défaut, j'eus une inspiration très originale, dont je ne revendique pas la source: "Une seule chose te manque pour conduire cette brebis blessée vers une nouvelle santé: réalise qu'il y a un trésor qui sommeille en lui ainsi qu'une beauté invisible qui échappent à ton oeil trop charnel..." En cela, Jésus m'invitait à épouser ses yeux, à voir comme lui nous voit. J'avais l'impression d'actualiser devant un cas concret la phrase citée en tête de ce chapitre "On ne voit bien qu’avec le coeur."

Dans les rencontres avec cet homme qui suivirent, que ce soit en prison ou dans nos locaux, je me suis surpris à sentir une présence divine en lui; et cela, malgré ses paroles peu « religieuses » (ou trop). Dans les faits, c'était un être violent, rebelle, anti-social; mais dans l'invisible, au fond de son être, c'était une personne créée à l'image de Dieu, investie d'une grande beauté et d'une profonde douceur. À deux occasions j'ai même senti l'authentique présence de Jésus. Vivant en cela ce que Jésus dit en Matthieu 25, 40: "Toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères (j'étais en prison), c'est à MOI que vous l'avez fait."

NOTRE VALEUR
Le Royaume des cieux, la joie du Père, ressemble à un trésor caché dans un champ. Et ce trésor, c'est toi, c'est moi, c'est l'être blessé que tous évitent. Dieu découvre ce trésor. Il est si joyeux qu'il est prêt à sacrifier ce qu'il possède de plus beau, son Fils Jésus, pour acheter ce champ. Non pas que le champ en lui-même l'intéresse. Ce qu'Il veut, c'est le trésor: la perle, toi, moi, et...

"Le Royaume des cieux ressemble à un trésor caché dans un champ. Un homme découvre ce trésor et le cache de nouveau. Il est si joyeux qu'il va vendre tout ce qu'il possède et revient acheter le champ. Le Royaume des cieux ressemble aussi à un marchand qui cherche de belles perles. Quand il en a trouvé une de grande valeur, il va vendre TOUT ce qu'il possède et achète cette perle." (Matthieu 13, 44-46)

Voilà deux petites paraboles où Jésus nous montre le prix infini de chacun d'entre nous. Il est prêt, et il le prouvera au Mont du Calvaire, à tout sacrifier pour nous donner la santé et le bonheur éternels. Rien ne l'arrêtera.
Combien sommes-nous à vivre à proximité d'êtres blessés, peut-être le sommes-nous (?), sans réaliser la valeur qu'ont ces personnes sous le regard du Père.

TOUT DONNER POUR MOI
L'ignorance de ce que nous REPRÉSENTONS pour Dieu est à l'origine de tous nos MAUX. Son amour pour nous, peu importe nos blessures profondes, sera toujours plus grand que celui que nous pourrions avoir pour lui. Cet amour parfait, inimaginable, marqué par la plus pure gratuité, s'est révélé dans toute sa beauté et sa plénitude quand Jésus a accepté de mourir en Croix. Il a voulu « communier » à nos erreurs, les porter en son corps et en payer le prix dans la douleur et la MORT.

"Le Christ lui-même a porté dans son corps nos péchés sur la Croix, afin que nous mourions au péché et que nous vivions d'une vie juste. C'est par ses BLESSURES que vous avez été guéris." (1 Pierre 2, 24)
Dieu nous aime tellement qu'il n'a pas hésité à investir son propre « sang », dans son Fils, afin que nous puissions constamment RENOUER avec son amour, avec son DON de vie en abondance. (Jean 10, 10) Et cela gratuitement, dans un simple abandon de notre vie.

Aux yeux de Dieu, tout amour, nous sommes plus importants que nos péchés. Nous étions esclaves de nos péchés, de nos blessures; s'il a décidé de payer lui-même le prix de notre libération, de notre guérison, c'est qu'il voit en nous un trésor et une beauté inestimables. Il se voit lui-même en nous. Richesse que nos yeux ne parviendront jamais à voir sans que l'Esprit même de Dieu ne nous en donne la possibilité.

UN AMOUR IMPOSSIBLE À SAISIR
Malgré nous, nous croirons toujours en quelque repli secret de notre être charnel, que l'amour de Dieu est CONDITIONNEL, proportionnel à nos mérites et à nos vertus. Nous ne consentirons que très difficilement à quitter le « FAIRE POUR DIEU » pour enfin entrer dans « la pauvreté de ce que JE SUIS... et laisser DIEU faire le reste. »

Laisser Dieu agir en nous, sans résister, en toute simplicité, en toute pauvreté, nous semblera toujours de la paresse, voire même une porte de facilité pour laisser le péché agir sur nous sans réagir.
Le laisser se charger À NOTRE PLACE du lourd fardeau de notre misère, de nos faiblesses, nous paraîtra toujours une injustice, un scandale.

Notre MISÈRE ne nous semblera jamais une monnaie d'échange acceptable pour bénéficier de la grâce d'amour et de guérison. 

COEUR OUVERT
Pour consentir à ce que Dieu veut nous donner GRATUITEMENT, il nous faut un coeur ouvert à l'onction de l'Esprit, un coeur capable d'accueillir sa GRATUITÉ sans nous révolter.

"Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain; il arriva auprès de Jean pour être baptisé par lui. Jean s'y OPPOSAIT et lui disait: "C'est moi qui devrais être baptisé par toi et c'est toi qui viens à moi!" Mais Jésus lui répondit: "Accepte qu'il en soit ainsi pour le moment. Car c'est de cette façon que nous devons accomplir tout ce que Dieu demande." (Matthieu 3, 13-15)

"Il arriva ainsi à Simon Pierre, qui lui dit: "Seigneur, vas-tu ME laver les pieds, toi?" Jésus lui répondit: "Tu ne sais pas maintenant ce que je fais, mais tu comprendras plus tard."  Pierre lui dit: "NON, tu ne me laveras JAMAIS les pieds!" Jésus lui répondit: "Si je ne te les lave pas, tu ne recevras plus RIEN de moi." Simon Pierre lui dit: "Alors, Seigneur, ne me lave pas seulement les pieds, mais lave-moi aussi les mains et la tête!" (Jean 13, 6-9)

Dieu veut nous rendre comme Jésus, c'est-à-dire parfaitement libres. Pour cela, Il nous invite à nous laisser saisir par l'intérieur, dans le pays de nos vulnérabilités, de nos lâchetés, de nos hontes. Là où nous ne sommes que peu de chose, même si notre façade humaine est très reluisante aux yeux des autres.

Être sauvés, c'est être réellement disponibles à son amour, être victimes de son MIRACLE de miséricorde. C'est être BOULEVERSÉS jusqu'au plus intime de notre être par la gratuité de son amour. Amour que nous expérimentons alors quotidiennement dans ce que nous sommes, à chaque seconde de notre existence.

Être sauvés, c'est laisser son amour agir en nous, laisser sa profonde tendresse, son humble service, relancer, réactiver, redonner VIE au trésor, à la beauté que Dieu a déposée au creux de ce qu'il y a de plus profond en nous. Et plus encore, infiniment plus que ça...

N.B. Vous pouvez imprimer et reproduire ce texte.